Douleurs · Traumatologie
Entorse de la cheville : que faire ?
L'entorse de la cheville est le traumatisme articulaire le plus fréquent : le pied se tord, un ou plusieurs ligaments sont étirés ou déchirés. Bien traitée dès les premières heures, elle guérit dans la grande majorité des cas ; négligée, elle expose à l'instabilité et aux récidives.
Le mécanisme
Dans plus de neuf cas sur dix, la cheville se tord vers l'intérieur (mécanisme en inversion) : le pied se dérobe sur un trottoir, une réception de saut ou un changement d'appui. Ce mouvement met en tension le ligament collatéral latéral, tendu entre le péroné (fibula) et les os du pied. Selon la violence de la torsion, le ligament est simplement étiré, partiellement déchiré ou complètement rompu. L'articulation de la cheville peut aussi souffrir sur son versant interne ou entre tibia et fibula, des formes plus rares et souvent plus sérieuses.
Les trois grades de gravité
| Grade | Lésion | Signes habituels | Récupération indicative |
|---|---|---|---|
| Grade 1 — bénigne | Ligament étiré, sans déchirure | Douleur modérée, gonflement discret, appui possible | Quelques jours à 2 semaines |
| Grade 2 — moyenne | Déchirure partielle | Gonflement net, ecchymose, appui douloureux | 4 à 6 semaines |
| Grade 3 — grave | Rupture complète | Craquement, gonflement immédiat, appui impossible, instabilité | 6 semaines à 3 mois |
Ces repères sont indicatifs : seul un examen clinique, parfois répété à quelques jours d'intervalle, évalue réellement la gravité.
Premiers gestes : le protocole GREC
Dans les 48 à 72 premières heures, le protocole GREC (RICE en anglais) limite le gonflement et la douleur :
- G — Glace : appliquer du froid 15 à 20 minutes, plusieurs fois par jour, toujours à travers un linge pour protéger la peau.
- R — Repos : mettre la cheville au repos relatif ; éviter l'appui forcé tant qu'elle n'a pas été évaluée.
- E — Élévation : surélever la jambe au-dessus du niveau du cœur aussi souvent que possible.
- C — Compression : bandage ou chevillère compressive, ferme sans couper la circulation (desserrer si fourmillements ou orteils qui changent de couleur).
Quand une radio est nécessaire
Toutes les entorses ne justifient pas une radiographie. Les critères d'Ottawa, utilisés aux urgences, aident à repérer les situations où une fracture est possible. En pratique, une radio s'impose si :
- vous ne pouvez pas faire quatre pas, ni juste après le traumatisme ni au moment de l'examen ;
- la douleur à la pression est précise sur l'os des malléoles (les reliefs osseux de chaque côté de la cheville) ;
- la douleur siège sur certains points du pied (base du cinquième métatarsien, os naviculaire).
Reprise et prévention des récidives
Après la phase aiguë, la rééducation est l'étape clé : elle restaure la mobilité, renforce les muscles stabilisateurs (fibulaires, mollet) et surtout retravaille la proprioception — l'équilibre réflexe de la cheville — sur un pied, puis sur surface instable. C'est elle qui prévient les récidives, car une entorse mal rééduquée fragilise durablement l'articulation.
La reprise du sport est progressive : marche rapide, course en ligne droite, puis changements de direction et sauts, sans douleur à chaque étape. Des exercices réguliers des jambes et un bon échauffement réduisent le risque ; un maintien de la cheville peut être conseillé temporairement à la reprise des sports à pivot.